
Je vais finir ma narration sur mon séjour à Aachen. (Aix la Chapelle, en français !).
Avec Tsitsi, nous sommes restés dans cet hôpital 5 jours : du lundi 27 novembre 2000, 10 heures, au vendredi 1er décembre 23 heures ! Pendant ce laps de temps, j'ai perdu environ 5 kilos ! (Ça fait rêver, hein ? les filles !).
Il faut dire que si, sur le plan des soins, les allemands sont à la hauteur, sur le plan culinaire, ... disons que ... c'est ... euh ... curieux. J'avais gardé un bon souvenir de la charcuterie bavaroise, et la première fois qu'on a vu de la charcuterie, même si je n'avais pas beaucoup d'appétit, je me pourléchais les babines. J'ai bien fait, car mes babines étaient bien meilleures que les ‘saucisses', les rondelles de ‘saucissons', et même ce que j'ai pris pour du ‘petit salé'. Ma parole, ils avaient embauchés Jacques Borel comme traiteur !!! (En France, il avait disparu, et bien je crois qu'avec Tsitsi, on l'avait retrouvé !!). Le summum, c'est quand j'ai voulu goûter ce que Tsitsi a, tout d'abord, pris pour une sorte de courgettes. Elle n'en était pas sûre, car elle m'a dit : « C'est drôle, on dirait du concombre, mais il est cuit. Ça doit être de la courgette ». Bon de toute façon, courgette ou concombre, c'est bon, ça doit être mangeable. ... NON ! Non, ça n'est pas mangeable, je confirme que, autant le concombre, car c'en était, c'est excellent en vinaigrette, autant chaud, le concombre, c'est dégueulasse ! Et je suis mesuré dans mon propos. C'est bien simple, chaud, le concombre, c'est vraiment con. (Il mérite alors son nom !!). J'ai dit à Tsitsi : « Ne me fais jamais chauffer mon concombre ! ». Elle m'a répondu : « ça, ça ne risque pas ! ».
Et puis le jour de mon opération, quand je suis remonté dans la chambre, vers 17 heures, me semble-t-il, on nous a apporté du café, c'était le meilleur moment de la journée, même si le café n'était pas terrible. Et bien ce jour là, le café a été servi avec des ... rollmops ! ça a beaucoup surpris mon cordon bleu de Tsitsi.
Enfin, coté culinaire, il y a eu la cerise sur le gâteau. Quand je me suis remis de l'opération, et que je ne mangeais que les parts de fromage, Tsitsi, qui avait visité un peu les magasins du rez de chaussée, (oui il y avait des boutiques en bas), elle m'a dit : « Il y a des machines qui distribuent des sandwiches, veux tu que je te rapporte un sandwich ? ». J'ai acquiescé avec enthousiasme, je me voyais avec un jambon beurre. (J'aurais du me méfier). Tsitsi est revenue avec un énorme sandwich qui, lui semblait être au jambon. Elle me le tend, je le prends, j'en apprécie la taille, c'est sûr, je vais me goinfrer. L'appétit revenait ! Alors, comme le corbeau de la fable, j'ouvre un large bec, j'avance le sandwich dans l'ouverture ainsi créée, et je referme mes dents sur le pain. ...... ... .... J'ai bien cru que je ne pourrai plus jamais rouvrir la bouche. Mes dents s'étaient plantées dans le pain, et y étaient incrustées, ventousées et restaient bloquées. Impossible de les décoincer. Il a fallu que je me batte avec le sandwich, que je le déchire pour pouvoir ouvrir la bouche. ... C'est une sacrée expérience !!! ... Et après réflexion, je me demande si ça n'était pas Ginette qui préparait les sandwiches !!!
Et puis nous avons eu l'épisode téléphonique. C'était les débuts du portable, les communications mobiles n'étaient pas encore internationalisées. Nous avions le téléphone ‘filaire' dans la chambre, mais pour l'utiliser il a fallut attendre que : l'anesthésiste vienne me voir. Je m'explique : elle était belge, et elle parlait couramment le wallon, qui comme chacun sait ressemble au français comme deux gouttes d'eau. Après qu'elle ait fini la consultation, je lui demande comment on utilise le téléphone, en lui expliquant qu'on n'avait pas pu avoir le mode d'emploi, les infirmières ne parlant pas du tout la langue de Molière.
« Oh c'est simple », dit-elle, « Il faut acheter une carte téléphonique en bas, et la glisser là dans la fente sous l'appareil ». Et elle nous montre l'emplacement. Puis devant notre désarroi, elle propose à Tsitsi : « voulez vous que je vous accompagne pour vous aider à acheter la carte ? ». Vous imaginez bien que ma Tsitsi a accepté avec enthousiasme, car cette brave anesthésiste maniait aussi bien la langue de Goethe que celle de Racine. (Ben oui, ça nous change un peu de Molière !). ... Bref, comme dirait Pépin, le soir nous étions relié avec le monde civilisé. Tsitsi communiqua notre numéro à sa sœur Fanfan, à charge pour elle de le retransmettre à tout le monde. D'ailleurs, elle avait même prévu d'organiser un convoi pour venir nous voir pour le week-end. (Nous ne savions pas quand tout cela se terminerait) Donc le moral revenait, d'autant que les antibiotiques faisaient de l'effet et que le professeur Schragge se démenait pour que nous repartions le plus tôt possible. (.Il nous a même proposé de prendre le TGV ! Mais quand on lui a montré nos bagages ... !) Finalement, il fut décidé que je pourrais repartir le vendredi. Alors, nous avons contacté l'ambulance de Créteil pour un retour ce jour là. Ce fut notre dernier contact téléphonique. En effet, notre carte était minimum, et nous attendions des coups de fil de la famille. ... Mais rien pendant 2jours ! bizarre. Et puis, le jeudi soir vers 23 heures, l'infirmière vient nous prévenir : « Frau ! Phone für Sie ! ». Mes relents de la langue de Goethe revinrent quelque peu, et je compris qu'elle avait un coup de fil pour nous dans la salle des infirmières. Tsitsi partit répondre, en se demandant qui cela pouvait-il bien être ?? Quand elle revint, elle me dit : « C'est un pasteur nommé Paul Geiss qui a appelé de la part de ton frère Jean Pierre pour avoir de nos nouvelles. Il paraît que personne n'arrive à nous joindre au numéro que j'ai donné à Fanfan, ça ne marche pas ». « Paul, dis je ? »C'était le correspondant allemand de mon frère quand il était au lycée. Il parle assez bien le français. » Alors, nous examinons le téléphone, Tsitsi retire la carte, la remet et constate que la carte n'étant pas tout à fait enfoncée dans l'appareil, il n'y avait pas de tonalité !!! Je dis à tsitsi : »Je sais pourquoi le téléphone ne marche plus depuis que nous avons appelé l'ambulance : c'est Attila ! ». Tsitsi comprit tout de suite. « C'est Attila, ce matin quand elle a fait le ménage ! ». ... Je sens que vous pédalez dans la choucroute, et pourtant c'est simple. Attila, c'est le surnom que nous avions donné à la femme de ménage, pardon, la technicienne de surface, qui nettoyait la chambre tous les matins. Et quand je dis nettoyait, je devrais dire : inondait. C'était véritablement une tornade, un fléau, il fallait dégager le terrain, elle maniait le balai, la serpillère et le chiffon avec un tel entrain que plus rien, pas le plus petit grain de poussière n'avait de chance de résister. Et ce matin, à la façon qu'elle avait eu de nettoyer le téléphone et à la façon qu'elle avait eu de le reposer sur la table de nuit ......... Vous imaginez la suite, la carte téléphonique déplacée, plus personne ne pouvait nous joindre, chacun demandant aux autres s'ils avaient des nouvelles, l'inquiétude grandissant, etc, etc, etc .... Mon frère eu la solution, il prévint Paul, son correspondant de pasteur, qui lui, maniant la langue de Goethe à la perfection, réussit à nous joindre. Ainsi les nouvelles eurent un trajet assez curieux : Mon frère, Limoges-Marbourg, Paul, Marbourg-Aix la chapelle, Aix-l'hôpital, l'hôpital-le service d'ophtalmo, l'infirmière de garde-Tsitsi. Et je vous épargne le trajet de la réponse, c'était le sens inverse !
Le dernier gag de ce séjour, ce fut le retour. On attendait l'ambulance pour l'après midi du vendredi, on nous avait dit vers 15 heures. Nous étions prêts. Mais une demi-heure avant, coup de fil : l'ambulance ne serait pas là avant 19 heures. Bon tant pis, on attendra. Finalement elle est arrivée à 23 heures. A 4 heures le samedi matin, j'étais de retour dans ma chambre de l'hôpital de Créteil, c'est Jacky qui est venu chercher Tsitsi. Elle réside chez ‘squelettor' et ‘la gazelle' chaque fois que je fais de l'hosto à Créteil !!. ...
Enfin, un dernier petit détail. Tsitsi me dit un jour : « Tu rates, l'infirmière porte un string ! ». Une infirmière marocaine avec un foulard, en Allemagne dans un hôpital catholique, et qui porte un string, et bien le Jésus sur le crucifix qui est au mur doit, ou rougir, ou se rincer l'œil !!! lol
Merci de votre patience !
Emil Antic ... (je m'en suis remis).
PS : La morale de l'histoire, c'est que les emmerdements, c'est comme les conneries, ça n'arrive jamais seul. Et puis, il n'y a pas que dans les hôpitaux français que la bouffe n'est pas terrible.

...J'ai bien aimé aussi ton expérience concombresque! 












