« Bonjour Lucette, ça va mieux ç’matin ?
« Ben oui Ginette ! Pourquoi ?
« Ben pasque, l’aut’jour au soir, vous étiez … eueueuh comment dire ? … Un peu pompette, pour pas dire complètement cuite.
« Moi ? Jamais d’la vie !
« Tiens donc, et comment qu’vous êtes rentrée chez vous ?
« Beeeen , … eueueuh …
« Ouais, cherchez bien !
« Ben sûr’ment par la grâce de Dieu Ginette.
« Et ben oui, c’est ça ! C’est le dieu Ginette qui vous a ramenée à la maison, et qui vous a couchée !
« Ah ? … Eueueuh … vous êtes sûre ?
« Un peu ma nièce ! J’étais là !
« C’est drôle ça, je m’rappelle de rien. Pourtant j’ai comme une vague impression d’avoir vu mon ange gardien Ginette.
« Ouais Lucette, et ben vot’ange gardien, y s’appelle Ginette Touchard tout simplement !
« Ah ben ça alors, c’est rigolo, y s’appelle comme vous ! Mon ange gardien a le même nom que vous ! C’est incroyable !!
« Dites Lucette, vous le faites exprès ? Vous êtes vraiment sûre que tous vos neurones sont branchés ?
« Pourquoi ?
« Ben vous avez vu la tête de votre ange ?
« Ben oui, enfin pas très bien, y avait un halo, celui de son auréole sans doute.
« Ouais, plutôt la lumière du lampadaire qu’y a devant chez vous Lucette !
« Ah Ginette, ne dénigrez pas mon ange gardien !
« Ooooooh loin de moi cette idée. Si vous me prenez pour vot ange gardien, je m’sens flattée.
« Rooooh non Ginette, vous, vous avez rien d’un ange gardien.
« Comment ça j’peux pas êt’un ange gardien ! Quèsqu’y vous permet ?
« Ben vous êtes une incroyante, vous pouvez pas être de bonne foi ! Voilà.
« Hein ? … Eueueueuh, … ouais, ça s’défend. N’empêche, c’est moi qui vous a bordée Lucette ! Et j’peux vous dire que vous sentiez pas la rose ! Mais bon, ce matin, c’est vrai, vous êtes pimpante, et à part que vous oubliez ç’que vous voulez, tout a l’air de bien aller.
« C’est vrai que j’me sens bien Ginette, vot’régime m’a requinquée. Merci, pasque hier avait été une rude journée.
« Hier ? Comment ça hier ?
« Ben hier Ginette. Samedi quoi ! Aujourd’hui, on est dimanche et je vais à la messe. D’ailleurs y faut pas que j’m’attarde, j’vais être en retard.
« C’est pas la peine Lucette.
« Pourquoi donc grands dieux !
« Pasque vot’bon dieu, y travaille pas en semaine !
« Ça veut dire quoi Ginette ?
« Ça veut dire madame Lucette, tout simplement, qu’aujourd’hui, on est mardi ! M A R D I. Ça rentre t’y dans vot’p’tite tête au moins ?
« Hein ? Quèsque vous m’chantez là ?
« Ben sûr’ment pas un psaume Lucette, c’est pas l’jour !
« Comment comment comment ? Vous voulez dire que … ?
« Oui ma chère Lucette, on est mardi et ça fait 2 jours que j’vous ai pas vue, et je venais aux nouvelles quand j’vous ai rencontrée.
« Ah ben ça ! Ah ben ça ! Y faut qu’j’aille voir …
VROAAAAARRRRRR ! … VROUOUOUOUMMMM ! … TUUUUUUUUUUUUUUTTT !
« LUCEEETTE ! HOP-LA ! … Restez avec nous !
« Hein ?? … Brrrrr ! … Aglagla, aglagla !!! Brououou !
« Dites Lucette, vous avez des idées suisses ?
« Hein ?
« Vous vouliez avoir des suisses idées ?
« Claclaclac !! Brrrr ! J’ai eu une de ces trouilles Ginette !
« On a pas idée aussi de traverser juste devant un camion ! Heureus’ment que j’vous ai rattrapée à temps, sinon … !
« Brrrrrr ! Vous êt’mon ange gardien Ginette, cette fois c’est sûr !
« Ouais, et ben faites plutôt attention, pasque y aura des fois, j’s’rai pas là pour vous garder !
« Mais j’voulais aller à l’église Ginette !
« C’est pas la peine, le mardi à ç’t’heure, c’est fermé !
« Vous savez ça comment vous qui mettez jamais les pieds à la messe ?
« Je l’sais pasque j’ai vu qu’les grenouilles de la chorale sont au clube !
« Ah ? Mais alors, c’est vrai, je m’suis pas réveillée pendant 2 jours ?
« Faut croire Lucette.
« C’est drôle, je m’rappelle l’artichaut, après j’ai vu le cassoulet, … et pis … eueueuh, c’était quoi déjà ?
« Le gratin dauphinois Lucette.
« Non non ! Avant Ginette, vous m’avez servi un p’tit verre de … quoi donc ?
« Aaaaah ! Vous parlez du trou normand ? C’était du calva ! Et du bon.
« Vous m’avez servi du calvados ??
« Ouais Lucette , et vous avez pas dit non quand j’vous en ai proposé un deuxième. Faut dire que vous aviez déjà fait honneur au Bordeaux !
« Moi ?
« Oui vous !
« C’est pas possible, j’bois que de l’eau .
« Bénite sans doute, mais un bon coup de rouge, vous avez reconnu que de temps en temps … Hein ?
« Beeeeen si vous l’dites Ginette.
VROAAAAAARRRRR ! VRAAAOUOUOUMMM ! … SPLAAAATH … PLOUOUOUFFF !
« Aaaaah !
« Ça y est Lucette,, vous avez encore pris la douche !
« Roooooh ! Le cochon de camion, il m’a toute trempée ! Mais comment qu’ça se fait qu’y a tant de camions dans Potinville en ce moment ?
« Ben y a p’têt’une déviation ?
« Ben j’crois pas, j’ai entendu parler de rien.
« Ouais, mais ça c’est normal, vu que vous dormiez !
« Non non non, c’est pas d’aujourd’hui Ginette. Déjà la s’maine dernière, j’avais remarqué, mais il avait pas plu alors ça fait moins d’sal’té. Regardez moi ça !
« Bah, ça s’lave Lucette ! Mais vous avez raison, y a beaucoup d’camions en ç’moment.
« Vous avez une idée ?
« Ben l’aut’jour, le père tinan …
«Ç’ui qu’est avec Joséphine Mouche?
« M’enfin Lucette, le père Tinan, il est pas avec Joséphine, il est avec sa sœur Séraphine. Le père Tinan et la Séraphine Mouche. Voilà !
« Ah ?
« Ouais Lucette !
« Et alors, le père Tinan, y vous a dit quoi ?
« Et ben y prétend que les camionneurs, y conduisent maintenant avec le … eueueueuh, … le comment déjà ? … Ah oui, un gépesse ou quèqu’chose comme ça.
« Vous voulez dire un G P S Ginette !
« Ouais, c’est ça. Vous connaissez ?
« Oui oui, c’est un système qui permet de prendre la bonne route même si on est perdu.
« Ben si on prend la bonne route, on n’est pas perdu ! Quèsque vous m’chantez là ?
« Ben si Ginette, si on se perd, on se retrouve grace au G P S. Le (Global Posichonne Système ». C’est américain.
« Ah ? Et vous êtes obligée de parler en étranger pour m’apprendre ça ?
« Ben je vous donne le nom en anglais Ginette, c’est tout.
« Enfin, d’après le père Tinan ; les camionneurs qui veulent aller de Chartres à Lençon, si y savent pas la route, et ben le gépesse comme vous dites, il les fait passer par Potinville.
« Pourquoi ?
« Soit disant que ça s’rait le chemin le plus court. En tout cas, ça fait du bruit et de la circulation en plus.
« Et ça nous envoie de l’eau croupie des flaques d’eau !!
« Et vous savez pas quoi Lucette ?
« Non Ginette ! Quoi ?
« Et ben la Gisèle, , …
« Laquelle ?
« A Pierre Fendre Lucette. Donc la Gisèle, elle me disait qu’ç’était plus une vie pour les poulettes.
« Ah bon ? Et pourquoi donc ?
« Ben Lucette, vous savez bien que les Fendre, y z’élèvent des poulettes qui courent façon poulets de Loué ?
« Oui. Et alors ?
« Ben alors alors alors, avec tous ces camions, ça devient dangereux pour les poulettes.
« Aaaaaaah !
« Et pis la Gisèle, elle avait des poulettes, mais des pondeuses, une douzaine attendait pas l’autre ! zid zidzid à la commande !!!
«Ça oui Ginette.
« On aurait dit qu’elle travaillait pour Lustucru. Et ben, vous savez pas ç’qu’elle a trouvé l’aut’jour au bord d’la route ?
« Une poulette ?
« Non bécasse ! Un œuf écrasé ! Et sans coquille ! Un machin que la poulette avait fait de frayeur, et avec un jaune qu’était pâle… !!
« Et ben !!
« Ouais, comme vous dites. Et à propos, vous avez vu un peu, les œufs qu’a vous font les poulettes ç’t’année ?
« Noooon !
« Ah ben faut voir les œufs ! C’est que ç’t’année, v’avez des poulettes qui vous font des œufs comme ça !
« Et ben !
« Comme vous dites ! Mais moi, j’me suis toujours demandé, … vous m’suivez ?
« Eueueueueuh ! … p’tèt’Ginette.
« Et ben Lucette, je m’suis d’mandé comment qu’çes p’tites bêtes, elles peuvent vous faire des œufs comme çaaaa, … par ce p’tit bout d’machin qu’est, tiens, gros comme ça ???
« Et ben Ginette, ça c’est d’la volaille !!!








